Le dernier post concernant mon boulot est déjà perdu au fin fond des archives. Pourquoi ? Deux hypothèses sont favorites, telles l'Italie et la France à l'Euro. La première, dite de l'autruche, est que je n'ai tellement rien à faire que je préfère ne pas en parler, pour maintenir l'illusion, y compris à moi-même, que je sers un peu à quelque chose. La deuxième, celle du renard, est que je travaille tellement que je préfère ne plus y penser le soir venu. Et bien non, comme dans une bonne fable de Jeannot, un troisième comparse arrive, j'ai nommé le poisson rouge -si c'était comme à l'Euro, ça serait un demi-animal, comme la Turquie ou la Russie ne sont que des demi-pays européens de foot. "Que vient faire le poisson rouge ici ? Quel est son attribut ? ", s'empressent de me demander les curieux. Et bien c'est que, comme chacun le sait, le poisson rouge a une mémoire de poisson rouge. Aussi simple que ça.
Oui, mon boulot est devenu intéressant. Non, je ne travaille pas excessivement trop. N'y a-t-il rien pour augmenter mon bonheur et remonter le moral des ménages (Bertrand et moi comptons dans la catégorie ménage, d'ailleurs c'est lui qui le fera à Leiden, le ménage), qui, soit dit en passant, est au plus bas depuis 1987 ? Oui, un nuage existe encore, la mousson n'est pas définitivement évaporée. Lequel ? Suspense.
En fait, j'ai abandonné dans l'arche de Noé, qui était en train de couler, mes amis Smitha et Deepak, rejoints par Salini, pour rejoindre l'interféromètre spatial de Nandan -qui est, science fiction oblige, dans la même pièce que ladite arche. Mes anciens compères (référence à Sylvain et Sylvette) s'acharnent toujours à voler les atomes de rubidium de leur chaleur, alors que moi j'essaie de faire boire de l'alcool à des photons. En fait, Nandan qui m'avait demandé de le rejoindre, s'est barré pour trois semaines, me laissant seul à la barre. Mon boulot est, en gros, de faire une marche au hasard quantique.
[physique]Au début de chaque étape, je sépare en deux faisceaux les photons qui ont une polarisation verticale et ceux qui l'ont horizontale, j'augmente un peu la fréquence des polarisés haut (elle devient f+f'), puis je remixe les deux faisceaux. Là, avec une lame demi-onde, je fais tourner les polarisations de 45 degrés, ce qui fait qu'ils ont tous à nouveau une chance sur deux d'être polarisés verticalement, une sur deux horizontalement. Puis je recommence le tout deux fois, et après trois étapes, on voit qu'il y aura beaucoup plus de photons qui auront une fréquence f+2f' que de photons qui l'auront à f+f', alors qu'un bourré aura autant de chances d'être fait un peu que d'avoir fait deux pas (si à chaque étape, il a une chance sur deux d'avancer, et une chance sur deux de se raviser)
[\physique]. Voilà, c'est rigolo, mon boulot en pratique a consisté à faire le montage, pas si trivial, pas titanesque non plus.
Ce qui est pratique est que je bosse à mon rythme, je peux travailler un peu plus lontemps le midi, mais dormir aussi plus le matin. Mais c'est décevant. Pourquoi suis-je mieux à travailler seul ? Les héros de BD ne sont-ils pas toujours plus heureux quand ils combattent pour la veuve et l'orphelin (surtout la veuve si elle est jolie, soit dit en passant) ? C'est que le rythme de travail en Inde est lent. Ce sont des stakhanovistes de la quantité, mais pas de l'efficacité. Et encore, j'ai de la chance, il y a une bonne ambiance au labo. Bertrand pourra vous parler de sa propre expérience, beaucoup plus fidèle à ce qui se passe ailleurs. Dans son labo, chacun se fait maltraiter par celui qui est juste un peu plus ancien que lui. Du coup, le seul avec qui il parle vraiment est celui qui est arrivé après lui...Un des côtés vraiment désagréable de ce pays.
Voilà, je suis donc épanoui dans mon boulot, mais je regrette de ne pas travailler plus en équipe. Heureusement, je rigole quand même avec mes voisins de table optique, et j'ai souvent besoin d'aller demander du matériel.
PS : L'Inde, c'est fantaisia incognita. Quand je leur fais des petites blagues à la Ribéry, ils apprécient, mais surtout ils se demandent qu'est-ce qui me prend, comment diantre je pense à ça. Ca me fait d'autant plus rire, et ça doit aider à ce qu'ils me traitent bien. J'ose pas encore déconner trop avec la tutrice, ça n'a pas l'air d'être le genre de la maison.