mardi 6 mai 2008

Hampi, la cité princière (par Bertrand)

Pour ce weekend de deux jours on a décidé de partir à Hampi. Hampi c'est des ruines d'un royaume hindou très puissant qui contrôlait tout le sud de l'Inde, le dernier empire hindou en fait, qui a atteint son apogée au 16e siècle, avant de se faire annihiler par les sultanats musulmans du Deccan, eux-mêmes défaits un peu plus tard par l'Empire moghol.

On a pris un bus de nuit à l'aller comme au retour, ce sont des bus plutôt spacieux donc assez pratique pour dormir, ce qui est plus gênant c'est l'état des routes, qui fait que le bus saute et nous empêche de dormir. A l'aller notre bus avait une demi heure de retard, c'est gros sachant que c'est le départ du bus. Au retour, encore plus fort, on attend une heure ce satané bus, à chaque fois qu'un bus arrive on va le voir et on nous dit que c'est le prochain, on pense déjà à dormir sur place... quand soudain un bus qui ressemble au notre arrive, les Indiens alentours qui sont tous au courant de notre destination et nous aident depuis une heure confirment que c'est sûrement notre bus. On se dirige vers lui et on cherche le chauffeur, celui-ci était descendu faire une annonce au micro pour nous chercher, il avait une heure de retard et nous seulement 30 secondes et on passe pour des boulets.
Le village de Hampi est à dix kilomètres de la gare routière, c'est un site classé par l'UNESCO, il faut le protéger un minimum de la pollution. Du coup il n'y a pas beaucoup d'habitants à Hampi, c'est vraiment un village à la campagne, avec des échoppes pour touristes en plus.



On est tombé sur un hôtel très bien, Rama Hostel, où le patron et les employés avaient tous vingt-cinq ans tout au plus, il venait d'ouvrir il y a un ans. Il rabattait tous les touristes car il employait la plupart des autos qui nous emmenaient de la gare routière à Hampi, donc ceux-ci nous emmenaient directement au Rama Hostel. En échange le patron donne un surplus au chauffeur d'auto. En plus ils ont un restaurant où ils servent de la nourriture italienne, israelienne et continentale, moins épicée et spécial touriste. Il n'y a pas à dire le patron était bon commerçant.
Le site d'Hampi est immense avec une vingtaine de temples (presque tous les dieux ont un temple dédié, Hanuman le dieu des singes en a plusieurs) et autant de constructions annexes répartis sur 40km², c'est pour se déplacer plus rapidement qu'on a loué des motos le dimanche (pour faire les jackies aussi...). On a pû se promener où on voulait, tout est gratuit à visiter sauf trois temples. Ce qui est encore bien à Hampi c'est la quiétude des lieux, ce ne sera peut-être plus vrai dans 20 ans si le nombre de touristes augmente.



La plupart des temples sont en bon état (ils sont rénovés pour la plupart), les sculptures sont encore là, les toits aussi.
Vraiment ce petit moment de calme à la campagne n'était pas déplaisant. Tout était parfait sauf... la chaleur. On nous avait prévenu qu'il faisait bon à Bangalore mais plus chaud ailleurs, c'était vrai. On en a fait l'expérience ce weekend : on ne pouvait pas se déplacer entre 11h et 16h (enfin on l'a fait mais ça nous a valu de beaux coups de soleil). Du coup ça écourte pas mal les journées qu'on passait de temple en temple pour rechercher un peu de fraîcheur. Celà nous a permis de rencontrer des colonies de singes qui recherchaient aussi un peu d'ombre. On a aussi assité au coucher de soleil depuis le temple le plus haut d'Hampi, au sommet d'une colline. On était tout seuls avec des singes, c'était relaxant.



Vraiment c'est un bon coin à visiter, et les motos on le refera. Jetez un coup d'oeil aux photos avec commentaires : http://picasaweb.google.fr/getzze/Hampi


P.S. : La plupart des gens voulait faire une photo avec nous, ou qu'on les prenne en photo tout simplement. Du coup on a plein de gens qu'on ne connait pas en photo. J'ai même eu droit à un type qui s'est accroupi devant moi (j'étais assis), à un mètre de moi tout au plus et qui m'a regardé avec un grand sourire émerveillé pendant deux bonnes minutes. En clair il m'a lourdé.

Eco-responsabilité en Inde (par Thierry)

C'est très à la mode en France...ici non, vous l'aurez deviné. On voit de temps en temps la mention "eco-friendly" sur des emballages, mais c'est à peu près tout. Le réchauffement de la planète ne préoccuppe pas trop les Indiens, par contre, ils sont fiers de leurs arbres et animaux (normal, ils sont hindouistes et un peu bouddhistes), et les protègent pas si mal. Ils ont interdit les montreurs d'animaux dans les cirques et dans la rue, avant ça se faisait beaucoup avec les singes, éléphants et serpents. Les animaux ainsi récupérés sont mis dans des zoos tels qu'on en a vu un, au plus grand bonheur des enfants et autres touristes.
De manière générale, le gouvernement est assez conscient des problèmes, et essaye de maintenir le développement énergétique, si important pour la campagne, en ne relachant pas trop de CO2. Du coup l'électricité reste assez chère, et dans les villages, les gens crament du pétrole (c'est ce que j'ai pu voir, et surtout lire). On comprend aisément lesdits villageois. De plus, le gouvernement indien a misé sur un développement par l'éducation, par les services, moins gourmand en énergie que le développement par l'industrie, méthode chinoise. C'est très étonnant, et très émerveillant, de voir des petits gamins parler bien anglais, sans trop d'accent. Mes collègues m'ont dit que c'est seulement dans les campagnes reculées que les écoles en langue locale font le point, sinon tout le monde va à l'école anglaise. Bangalore est l'archétype de la ville de services, je n'ai pas vu une seule usine, et ce n'est pas très pollué, il n'y a pas encore trop de voitures. Les auto-rickshaws ont des moteurs de mobylette, polluants mais petits. Pourtant, la ville a doublé de population en 5 ans (croissance la plus rapide en Asie), elle devrait donc etre saturée. Par contre, Mumbai est plus industriel, plus congestionné, donc beaucoup plus pollué. Et quand Tata aura fabriqué ses Nano, voitures à 1500 euro, ça fera des dégats.
Mais meme à l'Institut, havre d'éducation, les gens laissent les lumières allumées tout le temps, sans comprendre que c'est du gachis, et, plus surprenant, sans penser aux villageois à qui cette électricité manquera. En meme temps, je peut encore entendre mon père raler contre les lumières allumées partout dans la maison en rentrant du boulot le soir. De 5 à 10 ans, j'ai bien du entendre le sempiternel "C'est Versailles ici" un soir sur deux. Ca a marché, maintenant j'éteins en sortant, mais il faut se rendre compte que ce qui nous parait naturel maintenant ne l'était pas il y a encore une demi-décennie.

Par contre, dans les campagnes, les restaurants sont éco-responsables à l'extreme : ils mangent avec les mains dans ce qu'on pourrait appeler assiette, mais qui est bien plutot une feuille de papier journal ou de bananier. Bien me direz-vous, mais en fait c'est mieux que ça : les zébus se chargent de manger le bananier aussi bien que le journal, écologie industrielle, rien de mieux à Boston.

Pour conclure, lieu commun : la lutte contre le réchauffement climatique reste un combat de pays riche, alors que la préservation de la nature a des effets beaucoup plus visibles, et semble plus importante ici.

PS : je n'ai pas d'accent circonflexe ni de tréma sur ce clavier, pourtant je l'ai basculé en azerty. Désolé pour les puristes !

Encore un prix Ig-Nobel

Encore en physique, remis en 1991 à Thomas M. Kyle, authentique farceur, pour sa découverte de l'élément le plus lourd de l'univers, l'Administratium, qui comprend un neutron, huit neutrons-assistants, 35 vice-neutrons et 256 vice-neutrons-assistants.

Bon anniversaire Nicolas (par Thierry)

C'est démago, mais je te souhaite quand même d'avoir un enfant aussi mignon qu'Astrid, et surtout d'être aussi heureux avec lui que tu en as l'air avec Astrid.

Pour ceux qui n'auraient compris, Nicolas est mon frère, et Astrid la fille de ma soeur.

samedi 3 mai 2008

Organisation du travail (par Thierry)

Je peux surtout parler de l'organisation dans mon labo, mais j'ai l'impression que c'est partout pareil. Il faut savoir que ici le salaire minimum dépend de l'Etat et du secteur d'industrie (il n'y en a meme pas dans l'industrie de la chaussure, va savoir pourquoi), mais que globalement, ça tourne autour de 25-30 euros par mois.

En revanche, vu les belles voitures et les voyages que se permettent les gens aisés, les cadres doivent bien mieux gagner leur vie. D'où un fort ratio employés/cadres. Dans mon institut, c'est très sensible : il y a beaucoup de vigiles, qui dorment pendant leur garde de nuit, pas mal de gens à la cantine, pas mal d'étudiants, et par contre très peu de professeurs. Le ratio étudiant/tuteur est de 1 pour 10 ou 15. On a meme vu un mec surveiller une bétonneuse, parce que, comme mentionné plus haut, le travail des modestes coute peu, mais aussi parce que le matériel coute cher. C'est le cas d'une betonneuse, et encore plus le cas d'un laser, car ils sont tous fabriqués en Allemagne. Un laser coute plus cher ici qu'en Europe, et le travail beaucoup moins : c'est pour ça que depuis que je suis là on s'escrime tous à en fabriquer, mais il faut quand meme acheter des composants pas gratuits. Autre surprise pour un Européen : dans mon labo, il n'y a pas de spectromètre, passe encore ça coute cher, mais il n'y a pas non plus de Générateur Basse Fréquence, ce sont les électroniciens qui les fabriquent, et du coup on ne peut pas bien régler la fréquence. Au moins j'apprends la débrouille, c'est toujours ça.

Et ce qui va avec la pénurie de cadres est la forte hiérarchisation des rapports sociaux. Sans parler de caste ou de religion, il y a des labos où les professeurs se font apporter de l'eau par des employés, qu'on appelle Saddam à cause à de leur toujours fière et virile moustache. Dans les restaurants, les serveurs sont nombreux, et vont jusque nous remplir le verre dès qu'on l'a fini, au lieu d'apporter des cruches, ou nous resservir du plat qui est pourtant juste devant nous. Ca se voit que les modestes ont peur des puissants, et aussi ce doit etre ce que la société leur a appris, sans qu'ils se posent de questions (on en est au 40ème anniversaire de Mai 68). Vous pouvez imaginer en combien ils se plient pour des Blancs comme nous, qui sommes, dans leurs tetes, les chefs des chefs. C'est parfois un peu pénible, mais ce n'est pas nous qui arriveront à changer les idées reçues, on peut et doit juste se contenter de leur dire bonjour le plus gentiment possible, et les rassurer.

Meme au sein du labo, les thésards ont peur des profs, et ça parait justifié : plusieurs personnes nous ont confirmé qu'un étudiant peu apprécié de son tuteur n'a obtenu son doctorat qu'au bout de 14 ans, alors qu'un autre a abandonné après 10 ans de thèse.

Un nouveau prix Ig-Nobel

La femme de l'inventeur du prix IG-Nobel n'ayant trompé celui-ci avec aucun mathématicien, il existe donc un prix IG-Nobel de mathématiques, décerné en 1993 à Robert Faid de Greenville, Caroline du Sud, fidèle voyant en statistiques, pour avoir calculé qu'il y avait exactement 1 chance sur 710 609 175 188 282 000 que Mickhail Gorbatchev soit l'Antéchrist.

vendredi 2 mai 2008

Joindre l'épanouissant à l'amusant (par Thierry)

Jouer au foot, c'est épanouissant. Courir pieds-nus dans sur une pelouse détrempée c'est amusant, être mouillé quand il fait chaud aussi. Et bien vous comprendrez ce que je me suis amusé hier, la pluie étant tombée dru pendant le match de foot. Et finalement jouer pieds nus, comme les trois-quarts des Indiens n'est pas gênant outre mesure.