mercredi 19 novembre 2008

Un article qui glace

Et qui s'appelle "justice glacée pour vieille dame en détresse". Toujours de la fameuse Pascale Robert-Diard. Pas le plus passionnant, pas le plus long non plus. Au fait, je l'ai trouvé en lien dans le dernier billet publié sur son blog, où renvoie vers Pierre Bilger, qui raconte qu'un prévenu a du comparaître les pieds entravés ("du à l'excès de zèle d'un gendarme"), et que le président, plongé dans ses dossiers, n'avait même pas entendu le bruit des chaînes. Ils ont tous l'air de décrire une justice moins humaine.

samedi 15 novembre 2008

Des fêtes locales

Une des joies de l'expatriation reste la découverte de coutumes tout à fait locale et dont on ne parle même pas sur TF1, enfin pour l'instant.

Parmi les coutumes néerlandaises, se trouve la fête de Saint Martin, ou Martinsdag comme on dit par ici. Elle a lieu le 11 Novembre, il y a longtemps ce jour marquait le début de quarante jours de jeûne avant Noël.

En fait Martinsdag ressemble au peu à Halloween : les enfants forment un procession qui se déplace de porte en porte dans le but d'accumuler des bonbons, chocolats et autres denrées glucosées. En échange les joyeux bambins chantent des chants en l'honneur de ce bon Martin et trimballent des petits lampions avec eux. Ca m'a fait penser à Halloween chez les scouts quand un petit garçon tenant un lumignon et chantant s'est présenté devant la grande fenêtre du salon. Oui, il y a une immense fenêtre qui sépare le salon de la rue, juste à la place du mur, cela permet aux habitant de la maison de regarder passer le facteur et tomber la pluie, et aux passants de jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Pour revenir au petit bambin, malheureusement, voyant que je ne pipais mot à son néerlandais il a vite fait d'aller mander l'aumône chez les voisins. C'est bien dommage pour lui, s'il avait parlé français, il aurait hérité de quelques macarons de Thierry, voire s'il m'avait chantonné du Brassens, il aurait mérité un petit peu de saucisson.

En tout cas cette fête est bien faite pour les enfants, et sur ce point on peut dire que les petits Hollandais sont mieux lotis que nous. En effet parfois les joyeux drilles reçoivent des cadeaux pour Martinsdag (Saint Martin, alors à l'époque motard dans la cavalerie romaine, avait partagé son blouson avec un SDF qui se les gelait au bord d'un route pavée. La crève qu'il aura eue le lendemain valait bien les millards de sesterces de droits d'auteurs qu'il touche maintenant). Viennent ensuite la Saint Nicolas le 6 décembre et Noël le 25, belote et rebelote. Et pour ceux qui ont des origines espagnoles, très peu nombreux aux Pays-Bas il faut le dire, compte tenu du climat, il y a les Reyes Magos le 6 janvier.
En France, même si on se dit antiaméricains, on fête surtout Noël comme chez l'autre Sam. Quel manque d'imagination.

vendredi 14 novembre 2008

Google toujours plus haut

Ils font de la philantropie, et parfois mieux que les spécialistes. Exemple : ils agrègent les recherches de mots clés "fièvre", "douleurs musculaires" et "symptômes de la grippe" par zone géographique, et ainsi détectent les épidémies avant que l'agence officielle ne l'ait fait, elle qui se base sur le témoignage des médecins, souvent consultés après Internet. Ils ont fait des tests sur les dernières années, leur résultats sont bons, et ils ont souvent presque deux semaines d'avance sur le Centre de Contrôle des Maladies.

Autre nouveauté : leur chat audio-vidéo, simple, et apparemment mieux codé (plus largement compatible) que Skype. Si vous voulez me parler, j'ai bien sûr les deux logiciels, identifiants pistouille sur gmail et thierry.kauffmann sur Skype (Bertrand a l'unique pseudo getzze).

Jusqu'où iront-ils ? Quand se reposeront-ils sur les lauriers, pour devenir une entreprise prout-prout ?

dimanche 9 novembre 2008

Amérique des villes et Amérique des champs.

Si Obama a résisté plutôt pas mal dans les campagnes, c'est aux villes qu'il doit sa victoire. Dans plusieurs Etats clés les écarts entre ses scores entre les villes et les campagnes sont saisissants.

Dans le Colorado Obama fait plus de 70% à Denver et à Boulder et y totalise 200 000 voix d'avance sur son rival (sur l'Etat il a à peu près... 200 000 voix d'avance).

A Philadelphie, un score soviétique de 83% pour Obama, avec au passage 460 000 voix d'avance. Difficile pour McCain de gagner la Pennsylvanie dans ces conditions: même s'il remporte la plupart des comtés ruraux, le retard cumulé de plus de 600 000 voix accumulé dans la région de Philly se traduit par un retard de... 600 000 voix.

En Virginie, le Démocrate ramasse la totalité de ses 230 000 voix d'avance dans les faubourgs de Washington DC (de l'autre côté de la rivière Potomac), ramasse aussi 80% dans la capitale de l'Etat -- Richmond. Cela, et sa victoire dans le port de Norfolk contrebalancent le vote de l'intérieur des terres.

Tout cela pour montrer le fossé croissant entre une Amérique urbaine (souvent plus cultivée) et une Amérique rurale, qui bon, connaît sans doute la Genèse mieux que moi. L'une vote très démocrate, l'autre très républicain. En fait cela fait sans doute longtemps que c'est vrai, mais c'est G Deubeuliou Bush qui a fait exploser cette tendance. Cela lui a permis de faire un tabac et les Réublicains sont passé de 39 millions de voix en 1996 (Bob Dole) à 50 millions en 2000 puis 62 millions en 2004. Les Démocrates ont eu beau gagner des voix d'une fois sur l'autre (de 47 M en 1996 à 50 M en 2000 et 59 M en 2004, merci wikipédia), ça s'est révélé un peu cours.

En fait Bush faisait la différence dans les "suburbs" car il jouait sur les peurs et dans ces zones résidentielles on est très peureux (source: Jean-Marie Le Pen, 2002). Ainsi, s'il était distancé dans les villes elles-mêmes, il se rattrapait dans ces banlieues en plein boom puisqu'à ce moment là les subprimes étaient un produit financier noté AAA qui permettait d'acheter une maison. Cela donnait une certaine modernité à son électorat: il a remporté 97 des 100 comtés qui connaissaient la croissance démographique la plus rapide (source: je sais plus).

Une crise financière plus tard, les Républicains ne sont plus prédominants dans ce type de secteur. Et ils n'existent toujours pas dans les comtés universitaires. Quand aux cités, elles ressemblent de plus en plus à des zones de parti unique. L'adhésion massive envers les démocrates n'y dépend même plus tant des couches sociales. Un exemple: New York où Obama ramasse 85% dans Manhattan, 88% dans le Bronx et plus de 74 % dans le Queen's et à Brooklyn. Il fait aussi des scores énormes dans le Nord du New Jersey, qui appartient à l'agglomération de New York. C'est un peu comme si toute l'agglomération parisienne se reconnaissait dans un seul candidat: voit-on le 16e (dans le rôle de Manhattan) et Argenteuil (dans le rôle du Bronx) se ranger derrière un seul parti?

Les Démocrates sont désormais (très) majoritaires dans tous les centres où s'imagine l'avenir économique et culturel du pays. Tant que les Républicains représentent des valeurs qui sont déconnectées de celles de ces centres, ils auront sans doute du mal à faire voter pour eux en jouant non pas sur les peurs mais sur les espoirs des gens. En tout cas le "maverick" qu'est John McCain n'a pas su y faire exception en 2008.

vendredi 7 novembre 2008

Elections américaines : petites analyses

Coucou à tous,

Je tiens tout d'abord à remercier Bertrand (mais c'est qui Bertrand ?) et Thierry pour héberger dans leur (très chouette) blog quelques unes de mes réflexions sur la campagne électorale qui vient de se terminer aux Etats-Unis. Plusieurs raisons à cela: je suis actuellement à Champaign à l'université d'Illinois (l'état d'Obama) où viennent étudier les jeunes de Chicago, mais aussi ceux des plaines du Midwest. Pour observer, décortiquer, se forger une opinion, c'est plus facile que depuis la France. La deuxième raison est que j'ai été au taquet pendant cette campagne, plus ou moins depuis janvier et les caucus de l'Iowa qui démarrent le processus électoral. Je l'ai donc suivie de près.

le postage va être un peu chaotique mais je vais essayer de fournir des points de vue originaux et de dire des choses qui peuvent échapper à nos esprits de Frenchies...

jeudi 6 novembre 2008

Deuxièmes prénoms...

On a suffisamment entendu que celui d'Obama est Hussein...mais jamais que celui de Biden est Robinette ! Je préfèrerais pourtant m'appeler Hussein, qui est un prénom qui existe, même si mal connoté maintenant, à Robinette ! D'autant plus que son père possédait déjà les deux mêmes prénoms...la seule solution est qu'il trouvait Robinette si risible qu'il voulait que quelqu'un endure les mêmes souffrances que lui, et ça ne pouvait être que son fils. Si la France et les Etats-Unis se brouillent, le Canard Enchaîné en profitera, c'est sûr.

mercredi 5 novembre 2008

Démographie des votes

Petite synthèse, pas liée, de la démographie des votes, grâce aux sondages sorties des urnes ("exit polls" en anglais, c'est tellement simple...), collectés sur le site de CNN. Ils vont beaucoup plus loin que ce qui est permis en France. Certains ont déjà du faire le boulot, mais c'est toujours Justifierintéressant pour moi de tout re-regarder par moi-même.

A propos, hier je suis allé me coucher alors que la victoire d'Obama était seulement très probable. En gros, j'ai pas attendu la côté ouest...et ce matin en arrivant au boulot, je vois le titre d'un journal "Americans wanted no change", au dessus d'une photo de McCain. Incompréhension...et en fait, le mec qui était en train de lire m'a montré l'autre couverture, à l'envers, titrant sur la victoire d'Obama. Le journal avait sûrement été imprimé avant les élections. Sur le coup, ça fait bizarre tout de même.

-Les femmes ont évidemment voté plus Obama

-Le plus de mélanine, le plus démocrate (dans l'ordre Blanc (seuls à avoir choisi en majorité McCain), Asiatiques, Latinos puis Noirs (96% !))

-Le plus vieux, le plus républicain (parmi les Blancs, seuls les 18-29 ans ont voté Obama)

-Les syndiqués ont voté Obama, les autres étaient plus partagés

-A part les très riches/postgraduates, le plus d'études ou le plus de revenus (corrélé), le plus républicain

-Seuls les Protestants ont voté en majorité McCain, et les Juifs ont le plus voté Obama (78% pour l'ensemble, alors que les Juifs blancs ont voté Obama à 83%...c'est bizarre, y'a pas trop de Juifs pas blancs il me semble) que les athées (75%). Axelrod (cf conclusion) est Juif, je crois que ça les a rassurés.

-Le plus pratiquant religieusement, le plus républicain (et les protestants plus républicains que les catholiques)

-Les born-again ont défoncé à 75% Obama...normal, quoi

-68% des primo-votants ont choisi Obama (jeunes+Noirs vs épouvantés d'Obama), parmi les autres c'est 50-50

-52-47 pour Obama parmi ceux qui ont fait leur choix avant septembre...à quoi servaient les millions dépensés depuis ? Les deux auraient mieux fait d'aller au WEI de toutes les écoles d'ingénieurs et de commerce avec l'argent. Je pense qu'ils auraient été tous les deux bons au concours de déguisement.

-13% des Américains ont aidé uniquement la campagne d'Obama (80-19 pour Obama), 6% celle de McCain (17-82 pour Mc Cain), et 13% les deux (47-51 pour McCain). Participation à la campagne plus élevée qu'en France, il me semble !

-83% des Démocrates pour Hillary Clinton ont bien reporté leur voix, alors que seuls 62% des Démocrates soutenant qqun d'autre que Clinton/Obama ont voté Obama

-54% de ceux qui ont servi dans l'armée ont voté pour McCain

-62% de ceux qui ont au moins un gun à la maison en ont fait de même

-Les gays/lesbiennes/bisexuel(le)s ont voté Obama à 70%

-Seulement 53% des campagnards ont voté McCain (63% dans les villes pour Obama)

-Allez regarder les résultats sur première dame/colistier(ère), c'est intéressant mais compliqué à expliquer (page 4 sur le site de CNN)

-Ceux qui trouvent Obama trop conservateur ne l'ont choisi qu'à 49-44%...c'est bizarre

-Plus ils trouvaient l'économie en bonne santé, plus ils votaient McCain...mais ceux qui pensaient qu'elle allait empirer ont aussi voté McCain...bizarre aussi

-Plus ils approuvaient le plan Paulson, plus ils votaient Obama. Or je rappelle que les pauvres ont voté assez fortement Obama. Bizarre encore, ça paraît être la classe moyenne qui rejetait le plan Paulson donc.

-Plus ils croient à l'amélioration des "relations raciales", plus ils votaient Obama. Toujours bizarre, j'aurais cru que c'était plutôt décorrélé.

-Ceux pour qui l'âge ou la race du candidat étaient un facteur important ont plus voté Obama

-Ceux pour qui le choix de Palin était le plus important ont voté Obama à 52%, alors que la moyenne de ceux la qui considéraient comme importante ont voté McCain à 56%. Ca ça fait peur (nombre d'électeurs ont voté McCain grâce à elle), mais c'est rassurant pour lui quant à son choix, et pour Obama, pour qui c'est toujours plus gratifiant d'être élu pour sa personne et non contre l'autre colistière.

-Révélateur : 90% de ceux qui pensaient que McCain continuerait dans la même voix que Bush ont voté Obama, 85% du reste est pour McCain. Ca veut dire qu'Obama a bien eu raison de marteler leur ressemblance, et surtout que Bush est TRES impopulaire : on pourrait penser que les faucons ultraconservateurs, contents de Bush, espéraient que les McCain suive Bush.

-Autre point rassurant pour Obama : ceux qui considéraient plus le fond ("the issues") que la personnalité des candidats l'ont porté à 60%, proportion inversée pour les autres

-89% de ceux qui aspiraient avant tout au changement (34% des électeurs tout de même) ont élu Obama : encore une fois, la campagne d'Obama aura été bien ciblée.

Bravo à Obama et ses stratèges. La photo est celle de David Axelrod (stratège en chef d'Obama, qu'il suit depuis les sénatoriales 2004, soit en gros responsable de sa com, inventeur du robuste "Yes we can !", à ne pas confondre avec David Plouffe, directeur de campagne), il n'est tellement pas sexy ! Bravo à McCain aussi, sans démagogie, parce que, comme on le savait tous et comme les sondages l'ont montré, c'était vraiment pas facile de passer après George Bush. Bravo aussi aux électeurs républicains de l'avoir choisi lui aux primaires, et pas un Mitt Romney ou un Mick Huckabee qui auraient été hachés menus.