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vendredi 28 novembre 2008

De plus en plus triste

Vous l'avez sûrement suivi...des attaques très bien préparées ont déchiré Bombay. Des "gamins" (entre 18 et 25 ans) auraient accosté sur une plage de Bombay à bord d'un canot pneumatique, sûrement en provenance de Karachi (canot pneumatique sur un si long trajet, est-ce crédible ?), pour se diviser et attaquer différents lieux symboliques (pour rassurer les gens qui les ont vu débarquer sur la plage depuis leur canot, ils ont certifié être des étudiants). Dont deux grands hôtels (le Taj et l'Oberoi), une gare très fréquentée (Church gate pour ceux qui connaissent), le centre juif ont connu des fusillades sanglantes, plus des taxis soufflés et des tirs aveugles depuis une voiture de police volée, et encore d'autres attaques pas encore confirmées. Les forces spéciales sont toujours sur le terrain.

Dans un premier temps, il se disait qu'ils s'en prenaient aux ressortissants anglo-saxons, pour faire pression sur les gouvernements anglais et américains afin qu'ils arrêtent de soutenir la politique indienne au Cachemire -visiblement, ils ont trié les otages dans les hôtels et n'ont gardé ques les Britanniques et Américains. Ce n'est plus la seule hypothèse envisageable : Church Gate est une gare tout à fait normale, certes dans un quartier riche (Colaba), mais fréquentée par des Indiens presque exclusivement. On y est passé, plusieurs fois, soit dit en passant. De plus, ils est presque sûr qu'ils sont entrés dans les hôtels par les cuisines, et auraient ouvert le feu à l'arme automatique (AK 47 et autres dangereux jou-jous). Qui peuple les cuisines ? Des Indiens souvent pas très riches, et musulmans pour certains. De même pour les conducteurs de taxi.
Je trouve assez choquant qu'on lise un peu partout le nombre d'étrangers décédés (au moins huit, c'est beaucoup), mais absolument pas d'estimation du nombre de victimes indiennes, qui doit faire très peur : des rafales de fusil mitrailleur dans la foule à Church Gate ne laissent rien présager de bon.

On parle donc aussi de déstabilisation générale du pays, orchestrée par soit les Pakistanais, soit par les nationalistes hindous, qui accusent le parti du Congrès actuellement au pouvoir de n'être pas assez ferme avec la menace islamiste.

Toujours est-il que, en six mois, plusieurs centaines de personnes ont laissé leur vie : il y a eu Jaipur (60 morts), Ahmedabad (59 victimes), New Delhi (une trentaine) puis l'Assam (cause sûrement différentes, des autonomistes sont très probablement à l'originie de la soixantaine de décès). On avait fait part de l'extrême distance de la population après les attentats de Jaipur ou Ahmedabad, il semble que ce soit un tout petit peu moins le cas maintenant. Je vous retranscris le saisissant témoignage qu'a laissé Mukesh Mehta sur le site du Monde :
"Etant un Indien et habitant à Bombay, il est très difficile d'expliquer nos émotions aujourd'hui. On a peur, mais ce n'est pas la chose la plus importante, les "mumbaikars" (comme les gens de Bombay sont appelés) deviennent indifférents, à la violence, aux actes de terrorisme et aux morts, et cela me fait peur. (...) Il est ironique que la plupart des Indiens sont végétariens, pour respecter la vie des animaux, mais lorsqu'il y a une autre vie humaine, ils deviennent indifférents. Notre pays est l'un des plus pauvres du monde, 60 % de la population doit vivre au jour le jour, une journée s'ils n'ont pas du travail la famille doit rester sans manger. C'est le cas même à Bombay, les gens seront obligés de mettre des émotions à part et de recommencer leur vie comme si rien ne s'était passé, vive l'indifférence, la tolérance et l'esprit de l'Inde."

Je commence à avoir peur pour ce pays...là ils tiennent encore solidement ensemble, mais si ça continue comme ça pendant deux ans, avec en plus les nationalistes hindous au pouvoir, qu'est-ce-que ça va donner ? L'Afrique a l'air d'aller mieux, pas l'Inde.

PS : pour ceux qui connaissent, voici une carte Goople Map qu'Al Jazira a réalisée.

PPS : voici un article du Nouvel-Obs que je viens de trouver. Les attaques auraient été revendiquées par les Moujahidin du Deccan (plateau de Bangalore), probablement affiliés aux Moujahidin indiens, des combattants indiens musulmans, séparés du Pakistan, qui cherche à promouvoir la cause musulmane du pays (notamment à faire juger les responsables des attaques ethniques du Gudjarat en 2002, au cours desquelles 2000 musulmans ont été massacrés). Et s'attaquer aux Occidentaux servirait juste à faire plus de bruit. Plutôt convaincant comme analyse.

vendredi 1 août 2008

Dans Ali Baba

Ces derniers jours, c'était dans la peau d'Ali Baba qu'on a vu l'Inde. Des habits de cotons amples et colorés, une mine bronzée. On vivait -du moins la journée- dans forts et châteaux. Plutôt sympa, non ? Ouais, sauf que tout le monde le sait, la suite du titre n'est pas Ali Baba au Rhum ou Ali Babapapa, mais bien plutôt Ali Baba et les quarante voleurs. La méfiance toujours, c'est un peu pénible. Qui veut acheter beacoup trop cher du haschich, des pierres taillées, des voyages en rick-shaws ou en taxi, des nuits d'hôtels, des cartes postales, les services d'un guide voire de prostituées (!) trouvera son bonheur du côté d'Agra ou de Jaipur.

Agra, on était prévenu du côté mercantiliste, c'est les poings fermés et la mâchoire serrée qu'on s'est promenés du côté du Taj Mahal, du Fort rouge ou de la ville utopique de Fatehpur Sikri.
Cette dernière m'a beaucoup impressioné. Construite par le troisième empereur moghol, Akbar, au XVIè siècle, elle était un lieu de discussion des religions, bâti pour remercier l'ermite qui lui avait permis d'avoir enfin un fils. Cet Akbar, musulman de naissance, croyait à l'harmonie des peuples, et s'était donc choisi trois femmes de trois religions différentes (musulmane, hindoue et chrétienne). Puis, il a synthétisé ces trois dernières pour affirmer l'existence d'un dieu unique, bon et tout et tout. Malheureusement, cette religion, ainsi que la tolérance envers les infidèles n'ont pas survécu à sa mort.

Toujours est-il qu'à Fatehpur Sikri se trouvent un imposant palais, de pierre rouge, ainsi qu'une raffinée mosquée, alliant, tel le Taj Mahal, le grès rouge et le marbre blanc. Des arches superbes, un tombeau finement ciselé pour l'ermite, un régal pour les yeux. Même Carla Bruni déguisée en danseuse du ventre paraîtrait terne en comparaison, c'est pour dire.

Le palais était grand et pas moche, laissant une partie non restaurée se visiter "tels des aventuriers". En plus on y est tombés nez à nez avec Amélie Séguret, Anne-Laure Dubilly, Johanna Navarro et une des ses amies, des filles de Polytechnique pour ceux qui ne connaissent pas ces légendes vivantes. Les pauvres, elles n'étaient là depuis deux jours seulement, et tout s'abattait sur elles : la chaleur, la fatigue, les mains baladeuses à Delhi, les épices de la nourriture, la misère qu'ils ne cherchent pas à cacher, les rabatteurs et autres vendeurs si pénibles. Maintenant il n'y a aucune raison pour qu'elle ne soient pas contentes d'être dans ce beau pays, mais c'est vrai qu'il est difficile. Ces quelques jours "dans la peau d'Ali Baba" ont aussi été longs pour nous, extrêmement usants.

Le fort d'Agra, c'est moins de finesse, mais tout autant de travail. Beaucoup de palais composent la fortersse, laissant peu de place à la verdure, donnant une impression de solidité, de force extrême. Ce fort était réputé imprenable, on comprend pourquoi en voyant la taille des murs. Pourtant, comme David Douillet possédait aussi de la technique au délà de son physique avantageux, les fines mains n'ont pas été au chômage durant la construction du fort. Des murs incrustés de petits miroirs, des murs finement dentelés -pour que les femmes puissent voir sans être vues-, des mosaïques subtiles, ce fort n'est pas qu'un travail de rustre turc.

Jaipur, c'est la capitale du Rajasthan. Et c'est aussi la seule ville qui ne nous a pas plu pour l'instant. J'y ai été assez malade (fièvre+diarrhée), mais ça n'explique pas tout. Pourtant, le fort d'Amber, cousin de celui d'Agra, est beau. Pourtant, la ville est mignonne, toute de rose repeinte -depuis qu'au XIXè ils aient décidé de souhaiter la bienvenue au Prince de Galles de cette manière. Mais les rabatteurs sont trop patients, les rick-shaw wallahs trop nombreux, les vendeurs de pierres précieuses trop déterminés. Dire non cent fois par jour, non. C'est trop. Leur parler en hindi marche parfois, je plains les "innocents" qui, à peine atterris à Delhi, débarquent dans cette fournaise, où le soleil s'allie à tous ces voleurs (j'écris bien voleurs) pour nous faire tourner la tête. C'est d'ailleurs peut-être parce que c'est près de Delhi que les commerçants sont si tenaces.

Si Agra reste incontournable, on ne vous conseille donc pas de poser votre baluchon à Jaipur. A être trop durs, ils perdent des touristes. La société indienne vit de manière générale dans le présent, n'aime pas trop penser à l'avenir. Le concept de tourisme durable est aussi étranger à leur oreilles que la classification des animaux aux miennes (Bertrand m'a appris hier qu'une chauve-souris n'est pas un oiseau, même si ça vole cte bestiole). Un pays ne peut être parfait.

dimanche 27 juillet 2008

Que d'agreables perspectives

Hier Samedi ont eu lieux 17 explosions a Ahmedabad (article du Monde), capitale du Gujarat, etat frontalier du Rajasthan, en pleine rue et aux abords des hopitaux. Elles ont fait pour l'instant une cinquantaine de victimes. Il est bon de rappeler qu'au mois de mai des attentats a Jaipur avaient tue soixante personnes. Ces deux attentats seraient l'oeuvre d'un groupe terroriste musulman, les Indian Mujahideen. Lors de precedents attentats a Ahmedabad, il y a 6 ans, perpetres contre des pelerins hindous, 1000 musulmans avaient ete tues par la population en represaille. Les musulmans du Gujarat craignent maintenant de pareilles represailles.

Pendant ce temps a Bangalore, sept bombes ont tue deux personnes. Les bombes etaient places dans des lieux frequentes. Ces bombes viennent apres qu'une carcasse de porc a ete decouvert dans une mosquee.

Ce qu'on ressent en ce moment, au grand degout et une enorme tristesse. Pas plus tard que ce soir, un serveur nous a demande de ne pas utiliser le mot 'shukrya' pour dire merci. C'est un mot ourdou (langue utilisee par les moghols et de nos jours par les pakistanais et quelques musulmans indiens) qui est rentre dans le langage courant, contrairement au vrai terme hindi qui n'est guere usite. Comme quoi les attentats ont servi de lecon. Chacun chez soi et pas de melanges entre communautes...

Quel espoir pour l'avenir !

mercredi 11 juin 2008

Bangalore (par Thierry)

Bangalore est l’équivalent indien de Dallas, je vous donne le script pour gratuit. Qui ne traite pas de l’homosexualité, pour cela, lire cet article.

L. est une fille de l’institut de Bertrand, et est plutôt jolie. Mais ça n’excuse pas tout. Que son collègue X. lui dise qu’elle est belle, ça va. Quand il se renseigne, directement auprès de l’intéressée (qui ne l’est pas en fait, intéressée) si elle a un petit copain, ça va aussi. Qu’il lui demande si elle en a plusieurs, un peu moins. Et qu’il la questionne si oui ou non elle regarde des films pornographiques, là franchement c’est excessif.

D. travaille, lui, dans mon labo, et a une copine. Qui ne se mariera pas avec lui.

S., ne voit son copain que quand elle rentre chez elle. Problème, les familles ne sont pas au courant, ils se voient chez l’un ou chez l’autre en faisant semblant que rien ne se passe. Ils sont pourtant sûrs de se marier dans deux ans, car rien n’empêchera cette union.

Vous aurez deviné les nationalités, L. est Lucie, française de son état, X., je ne connais pas son vrai nom, mais est indien, de même que les fameux Deepak et Smitha, mes collègues. Cette petite introduction pour vous montrer que les amours des jeunes Indiens sont plutôt tourmentés. D’un côté, le modèle ancestral de mariage arrangé, même région, même caste, même statut social, l’homme cinq ans plus vieux. Modèle qui a fait ses preuves de nombreux siècles durant. Mais les jeunes éduqués voient maintenant des films américains, dans lesquels certains héros éprouvent plus de difficultés à faire leurs lacets qu’à coucher avec la première fille venue, et j’exagère à peine.

Ce qui paraît transpirer des quelques cas présentés est que les jeunes « s’amusent », avant le mariage, puis se plient aux volontés de leur familles. C’est un tout petit peu plus compliqué que ça. Déjà, même lorsqu’ils sortent ensemble, c’est très très chaste, du moins en public. A croire qu’il existe une loi indienne, s’appliquant à tout le domaine public, aussi restrictive (liberticide devrais-je écrire pour être à la mode) que le règlement intérieur du collège Notre Dame de Saint Jean le Baptiste du Miséricordieux Seigneur, domiciliée comme il se doit à Versailles.

J’ai l’impression que dans la plupart des familles, les mères surtout, et les pères dans une moindre mesure, acceptent les mariages d’amour. Tant qu’ils respectent certaines règles. Première règle, comme dans beaucoup d’endroits au monde, les familles doivent être du même niveau social. Les castes rentrent aussi en compte, vous l’aurez imaginé – et je ne parle même pas de la religion, c’est une évidence. C’est aussi mieux si les époux viennent de la même région, ne serait-ce que parce que c’est mieux s’ils parlent la même langue, et surtout que traditionnellement la femme rejoint la demeure familiale de son mari, et que c’est bien si elle même n’est pas trop loin de ses propres parents. Mais ça, ça commence à bouger, car c’est souvent une grande peine pour les jeunes mariées, sur lesquelles les belle-mères se vengent de ce qu’elles ont subies elle-même. Ensuite, il faut se marier dans l’ordre de la fratrie, c’est la honte pour l’aînée, et donc pour la famille entière, si la cadette se marie d’abord. Enfin, il ne faut pas que les époux soient trop vieux, ils n’existent presque pas de vieux garçons ou vieilles filles ici – par contre les couples sans enfants sont nombreux parmi les chercheurs et entrepreneurs, pour travailler sans entraves soirs et week-ends…

Dans le cas de Smitha, le problème est que son aînée n’a pas d’amoureux, et qu’elle n’a rien trouvé de mieux que de s’expatrier en Arabie Saoudite. Ce sera mariage arrangé pour elle, l’été prochain. Donc Smitha, qui est bien de la même caste et tout et tout que son copain, doit attendre l’été d’après. Pas de chance.

Pour Deepak, c’est un problème de caste avec sa copine. Du coup, il me dit : « si je me ramène une fille bien avant trente ans, mes parents me laisseront me marier avec elle, sinon ils en trouveront une pour moi ». Joli compromi ma foi.

Et l’histoire de Lucie dans tout ça ? Juste pour montrer que les garçons indiens imaginent que, puisque dans les films américains, les femmes sont aussi faciles qu’elles ont des gros seins, et bien toutes les Occidentales ne les refuseront jamais. C’est parfois un peu pénibles pour elles, surtout qu’apparemment, comme A., ils ne sont pas vraiment des modèles de finesse.

Ah oui, une dernière anecdote. Kamel, autre Français, s’est vu approcher récemment par un de ses collègues. Je vous retranscris le dialogue, qui s’est bien sûr déroulé en anglais :

-« Kamel, tu aimes les films ? »

-« Ouais, j’adore les films. »

-« Et tu aimes les filles ? »

-« Bien sûr ! Personne ne les aime plus que moi »

-« Et tu as un ordinateur ? »

-« Oui. »

-« Tu as des films sur ton ordinateur ? »

-« Ben oui. »

-« Et tu as des films de, comment dire, filles sur ton ordinateur ? »

-« Ouais j’ai des films d’action sur mon ordinateur ! »

-« Parles moins fort, on est au labo, des gens pourraient nous entendre. »

Pauvres Indiens, obligés de regarder des films pornos pour passer la frustration. Ou de rouler volontairement sur les bosses ou freiner brusquement, lorsque qu’ils ont une fille passagère arrière de la moto. Dans l’espoir que leur corps se touchent une demi-seconde. J’ai oublié de dire que les filles ont gardés leur amples habits traditionnels, alors que les garçons sont vêtus à l’occidentale. Pour ne pas montrer leurs formes, disent les garçons.

Je suis parfois content d’être né français.

mardi 10 juin 2008

Les Indiens et la culture (par Thierry)

A Bombay, alors que les autres visitaient un musée d'art populaire, je discutais avec un vendeur de cartes postales. Il ne parlait pas si mal anglais, mais se disait, et semblait, vraiment pas riche. Pourtant, il m'a emmené dans trois galeries d'art avoisinantes, dans lesquelles ils changent les tableaux une fois par semaine. Et comme c'est gratuit, ça lui fait trois visites hebdomadaires. Bien sûr, c'est l'art figuratif qui le touche le plus, surtout les femmes et les animaux. Mais cela m'a tout de même frappé de voir cet homme simple apprécier la peinture.

Aussi, à Mysore, la visite du palais se faisait en file...indienne. Pourtant, c'était pendant la période où on nous conseille d'amener une umbrella pour se protéger du soleil, autant dire pas la haute saison touristique. En fait, ce sont les Mysoriens qui y vont, un adolescent nous a dit qu'il était déjà rentré cinq fois dans le palais. Le soir, pour l'illumination du palais, c'était une foule compacte qui se e dans le parc, des enfants jouent à côté des mamans qui discutent, des adolescents se retrouvent, des vendeurs de ballons de baudruche ou de pop-corn déambulent.

A Madekiri, petit bourg, un spectale de son et lumière a lieu tous les dimanches soirs. Les Coorgis y viennent, en famille, et applaudissent à la fin. Parce que c'est beau. Le même soir, quand la procession sort du temple hindou, un feu d'artifice improvisé surgit, un peu dangereusement. Les Coorgis apprécient.

A Bombay, c'est la pourtant petite plage de Juhu qui a été choisie comme meilleure place pour admirer le coucher de soleil. Pas un mètre carré de libre le dimanche soir.

A Hampi, merveille parmil les merveilles, site classé au patrimoine mondial de l'humanité, pas un chat. C'est loin de toute ville, et les temples sont là de manière permanente, sans qu'un événement particulier motive les Indiens à venir.

Chaque vendredi, avant de partir en week-end, mes collègues me demande quelle est notre nouvelle destination. Invariablement, ils savent me conseiller sur quoi visiter une fois là-bas, sans n'y être jamais allé.

Ma conclusion est donc que les Indiens n'ont encore ni les moyens, ni peut-être l'envie de faire du tourisme, mais que pourtant ils aiment profiter de ce qui est fait pour eux. Une société plus soudée et un budget loisirs limité font qu'ils se déplacent voir les attractions de la ville, qui ont lieu pour la plupart le dimanche soir. Je trouve ça beau de voir les habitants, simples, apprécier de ce qui leur est donné, discutant avec des amis, paisiblement installés. Pas blasés pour un sou. Les maires indiens doivent apprécier.

mardi 27 mai 2008

Des relations suisso-indiennes (par Bertrand)

En réponse aux commentaires de nos lecteurs helvètes et grenoblois sur la ponctualité, je voudrais raconter une anecdote d'André, le Suisse chez qui on va manger dans mon université, ça parle de la ponctualité suisse et du fait que les Indiens n'ont pas l'habitude de s'éterniser après les repas et donc qu'ils discutent avant de manger, alors qu'on a plus l'habitude de discuter autour du café :

L'histoire se passe en Suisse où un couple d'Helvètes avait un jour invité un couple indien, en visite à Genève, à dîner pour 19h.

Les Suisses sont très ponctuels, ils attendent donc leurs hôtes pour 19h pétantes.

Pendant ce temps là les Indiens se disent que ça ne se fait pas d'arriver en avance donc ils attendent 19h passées.

Arrivé 19h30, les Suisses commencent à s'inquiéter,"Mais qu'est-ce qu'ils font, la fondue va être froide, on devrait peut-être les appeler"

A 20h nos Indiens sonnent à la porte, avec des petits bonbons en guise de présent.

Les Suisses les accueillent à bras ouverts et passent à table directement car il commence à se faire tard (et la fondue est déjà toute froide).

Après le repas, les Indiens, comme à l'accoutumée, quittent la table et disent au revoir à leurs hôtes.

Résultat : un incident diplomatique.

Les Indiens se disent : "Ils sont quand même gonflés ces Suisses, quand on arrive ils n'ont pas l'air contents de nous voir, on ne discute même pas et on passe directement à table. On n'ira plus chez eux, ce n'est pas intéressant."

Les Suisses pensent : "Alors ces Indiens, ils se pointent avec une heure de retard et à peine le repas terminé ils s'en vont. On n'a même pas le temps de discuter. C'est la dernière fois qu'on les invite."

vendredi 23 mai 2008

Après la proxémie, la proximité (par Thierry)

Partout c'est pareil. Dans toutes les campagnes. Comme si toute l'Inde était au courant qu'on avait tourné dans un film local, même un mois avant le tournage. Les enfants nous demandent des stylos, du chocolat, de l'argent et de l'eau (c'est le quarté gagnant dans l'ordre). Les adultes si on apprécie leur pays. Les serveurs si on aime la nourriture qu'ils nous servent. Des pêcheurs nous proposent de monter sur leur bateau. Et tous, grands comme petits, en âge comme en taille, notre prénom et notre pays d'origine, et, souvent aussi, de les prendre en photos pour qu'ils puissent se voir (quel beau progrès la technologie numérique...), ou, se prendre en photo parmi nous avec leurs téléphones portables. Au début, ça surprend un peu. On se dit tout de suite qu'ils n'ont jamais vu de Blancs, qu'on leur fait le même effet que si un chef indien d'Amérique débarquait avec toutes ses plumes en Europe. Mais non, parce que dans les campagnes près des lieux touristiques, comme Hampi, le même succès nous foudroie. Peut-être veulent-ils tous nous soutirer de l'argent, en tentant une approche douce ? Soit leur méthode est tellement douce qu'inefficace dans 95 pourcents des cas, soit ce n'est pas la bonne hypothèse. Je penche bien sûr pour la seconde proposition.

Après observation et réflexion, on a l'impression que c'est juste que la société indienne ne connaît pas le gêne. Quand on y pense, les Français, surtout les gamins, sont assez curieux de savoir de quel pays vient un Asiatique, un Sud-Américain ou un Arabe. Ici, c'est pareil, sauf qu'ils osent demander. Pareil dans les restaurants, si on peut faire un sondage sorti des tables, et que ce n'est pas mal perçu, et bien ça arrange tout le monde. En France, les gens ne se parlent librement que quand quelque chose les rapproche, qu'ils vivent tous la même chose : stades de foot, manifestations, cérémonies religieuses, fête et quelques verres d'alcool partagés, etc...C'est d'ailleurs une des raisons pour que ces phénomènes de masse attirent tant de monde. Ici, pas d'alcool nécessaire pour briser la timidité, la santé publique ne s'en porte pas plus mal. De la même manière, ils n'hésitent jamais à demander l'aide de quelqu'un.

Mais pour que ce système fonctionne, m'objecterez vous, il faut que les Indiens acceptent de fournir de l'aide. Et bien sûr, c'est le cas. En ce moment, il faut surveiller cette pompe à vide, et les tours de garde s'organisent difficilement, non pas par manque de personnel, mais presque par abondance : quelqu'un qui s'était proposé pour un créneau et a subitement autre chose de prévu n'hésite pas à se désister, et du coup le copain, qui avait prévu de se reposer au lieu de venir viendra sans rechigner. Mais donc on ne peut pas trop se fier au planning prévu à l'avance, il change sans cesse. Par exemple, mercredi soir on m'a appelé d'urgence, et au lieu de faire la nuit, je viens de faire le créneau du matin. C'est pas trop dérangeant, mais plutôt surprenant.

J'ai l'impression que la société indienne a compris que la maxime préférée des Français de droite, "la liberté de quelqu'un s'arrête là où commence celle d'autrui" est parfois un peu excessive : si, en donnant un peu du sien, voire un peu de sa liberté, on aide beaucoup quelqu'un, il ne faut pas hésiter. De même, en désaccord à l'autre morale "ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'autrui te fasse", je veux bien me faire tirer les cheveux si ça fait très plaisir à quelqu'un, et donc celui qui veut me tirer les cheveux peut me le faire, si vraiment ça lui chante (s'il me demande la permission, c'est tout de même mieux). Et ici je veux bien donner une minute de ma vie pour faire une photo. En France, entre jeunes du moins, on accepte plus facilement un gentil perturbateur si ce dernier est émêché, parce qu'on comprend que crier ou te chatouiller l'amuse beaucoup. Ici, pas besoin que les autres aient bu quoi que ce soit pour qu'on accepte de se faire crier dans les oreilles ou chatouiller. Décidément, puisque les Indiens n'ont pas besoin de boire pour vaincre la timidité, ou pour avoir le droit de faire le con, je comprends qu'ici la jeunesse éduquée ne boive pas (l'alcool pour oublier, c'est un autre problème).

Ce système d'aide perpétuelle a tout de même quelques abus, dont, notoirement, l'incapacité à faire quoi que ce soit tout seul. OK, c'est plus sympa de bosser à deux, OK, souvent on bosse souvent plus vite que deux fois plus vite avec l'aide de quelqu'un, mais ça a des contre-exemples, comme toute bonne théorie. Par exemple quand il faut porter une charge de quinze kilos. Là, mission impossible tout seul, et ils me traitent de fou si je m'y colle rien qu'avec mes deux bras (et je crois bien que c'est pareil chez Bertrand). De même les agents de sécurité (ça fait bizarre de les appeler comme ça, tellement ils sont tous maigres) sont toujours à deux, mais ça ça peut avoir un côté positif : ça doit diminuer les chances qu'ils ronquent.

Autre limite, même si ce n'est pas forcément lié : l'incapacité chronique à faire la queue. Ca bouscule, ça passe en force. Le pire étant pour monter dans les bus, là il faut être fort,ou alors grimper juste à temps sur le marchepied, la moitié du corps dehors, le vent dans les cheveux, la meilleure place. Au début, ça partait peut-être d'un bon sentiment, de laisser passer quiconque pressé. Mais ça a un peu trop dégénéré.

Tout ça pour dire que ce côté de la société me plaît bien, en balance au plus grand individualisme de nos sociétés. Dans le livre que je lis (A suitable Boy, soit en français Un Garçon convenable), tout ragot a fait le tour de Bramhpur en trois jours. Ca a du pénible, mais c'est aussi une forme de régulation sociale, qui doit un peu refroidir les parents avant de battre leurs enfants. Et c'est tant mieux.

samedi 17 mai 2008

La proxémie (par Bertrand)

Vous connaissez tous les mygales, tarentules et autres araignées qui font peur aux enfants, mais qui sont en fait de charmants animaux, eh bien c'est article ne parlera pas d'elles, car, comme son nom ne l'indique pas, la proxémie n'est pas une araignée.

En fait la proxémie est l'étude des distances entre différents individus dans une société. Ainsi chaque individu divise inconsciemment le monde qui l'entoure en plusieurs zones allant du public à l'intime. Cette théorie a été énoncée par Edward T. Hall dans les années soixante et a tout de suite remporté un franc succès. Depuis nombre de spécialistes creusent le sujet. Hormis les sociologues, éthologues et psychologues, qui travaillent souvent pour les seules gloire et science, cette approche intéresse aussi les magiciens, vendeurs, gourous, pickup artists et autres manipulateurs. En effet pour pouvoir franchir les distances successives qui nous séparent d'un individu (ou d'une individue), il faut au préalable être accepté par l'autre, d'où la nécessité d'utiliser des phrases d'approche et des gestes calculés.
C'est ce qui explique l'oppression qu'on éprouve dans les transports en commun où les distances minimales ne sont pas respectées. Cela explique aussi que l'on soit gêné quand un inconnu nous touche. On peut différencier quatre distances, parmi lesquelles on fait la différence entre le proche et l'éloigné. Les valeurs numériques sont pour un sujet américain moyen :
  • distance intime (reservé au partenaire sexuel ou aux enfants):
    • proche (contact) : réservé à l'acte sexuel, aux contacts intimes (câlin, baiser...) ou aux bagarres.
    • éloignée (30 cm): intimité, relations familiales ou amoureuses.
  • distance personnelle (distance limite du contact physique):
    • proche (60 cm) : distance marquant l'affection ou l'intimité en public.
    • éloignée (1 m) : distance des discussions entre amis.
  • distance sociale :
    • proche (2 m) : distance entre personnes se connaissant et se cotoyant, au travail par exemple.
    • éloignée (3 m) : distance séparant deux individus inégaux, comme un chef et un employé, ou deux ennemis.
  • distance publique (en présence d'un orateur):
    • proche (6 m) : discours en public ou en réunion, le sujet peut fuir mais se sent impliqué.
    • éloignée : discours, meeting. L'orateur reste un étranger.

Les distances approximatives sont données pour un américain (très proche de nous français) et bien sûr elles sont différentes pour les Européens du nord ou du sud (celles-ci étant plus courtes plus on se rapproche de l'équateur). Et pour des sociétés comme les sociétés arabes, chinoises ou indiennes (on en arrive au but de ce propos), ces distances peuvent être inexistantes.
Pour ma part je ne m'intéresserai pas aux distances autres que personnelles (peut-être que Rodrigo pourra nous expliquer la distance intime et les futurs manager pourront nous parler de la distance sociale...).

En Inde la distance personnelle n'existe pas à proprement parler, ils utilisent le contact direct assez fréquemment, ainsi il est fréquent de se faire taper sur l'épaule par un chauffeur d'auto comme si on avait gavé les canards ensemble.
Du coup on peut voir, vers cinq heures, l'heure du thé, un curieux rituel. Les Indiens vont prendre un thé en se tenant la main ou en se mettant la main sur l'épaule, entre amis (du même sexe quand même). Ceci pourrait être une agréable coutume s'il ne faisait pas 30° !
En effet quoi de plus pénible avec cette chaleur que l'autre truie (ceci est un jeu de mot et pas une attaque personnelle) te tienne la main ou t'appuie sur l'épaule. Ou alors c'est pour se prouver que l'amitié est plus forte que tout, ou en tout cas qu'elle resiste à 30°.

Cependant même si la distance personnelle est largement bafouée, les Indiens se fixent d'autres limites notamment dans les contacts entre personnes de sexes opposés, qu'il est intéressant d'observer. Plus tard car c'est le weekend, on part à la plage.

N'hésitez pas à répondre si vous avez des expériences ou anecdotes à nous faire partager ?

jeudi 15 mai 2008

Who's who (par Thierry)

De. est un jeune homme tranquille, très attaché à sa famille, de condition modeste. Mais il habite à deux jours de voyage d'elle, et reste donc tous les week-ends dans la grande ville avec sa soeur, donne des cours toute la semaine pour pouvoir envoyer des sous chez lui. Une chemise toujours parfaitement repassée dans le pantalon, une raie nette et sans bavure, il présente bien.
Sm., elle, est un peu plus fo-folle. Elle habite aussi assez loin de chez ses parents, et reste donc le week-end à dormir, discuter avec desamies, faire la cuisine ou les magasins. Mais elle est raisonnable, sait ne pas trop dépenser. En revanche, elle ne comprends pas que je puisse user moins d'une heure de forfait téléphonique par mois, c'est impossible ! Elle aimerait faire une thèse à l'étranger, pour revenir servir son pays par la suite. Elle propose souvant à De. de venir passer un week-end chez elle, pour lui faire découvrir sa région du pays.
Dh. est la stoique du groupe. Pas très grande, elle compense par une tenue très droite, et avec son joli visage, elle fait un peu princesse.Très gentille, elle s'intéresse à tout le monde, et essaye d'apprendre toutes les langues du monde pour pouvoir communiquer avec quiconque se présentera à elle.
Sa. est encore plus réservée, presque timide. Quand on entend sa petite voix, c'est toujours quelque chose de gentil qui nous arrive aux oreilles. Comme elle est assez casanière, et fait donc peu de sport, elle s'impose une demi-heure de vélo par soir pour se maintenir enforme.
R. est grand, et ça lui va bien d'etre grand. Au foot, il demande toujours le ballon, aime bien dominer. Autre facette de sa grande gueule, il est très ouvert, aide qui veut.
N. est un le doyen du groupe des étudiants. Calme lui aussi, il a pourtant toujours un bon mot à dire, aux moments les plus inattendus.Un peu enveloppé, il aime néanmoins le sport, mais sans trop suer non plus, et n'aime surtout pas se priver de nourriture.
H. est la chef de tout ça. Sa stature et son poste en imposent, mais elle est toujours très attentionnée avec tout le monde, quoiqu'assez exigeante. Une bonne responsable d'équipe, qui montre l'exemple par son travail acharné.
Tous aiment leur famille, et comptent bien trouver un bon métier, pour avoir une situation correcte plus tard, mais sans renoncer aux valeurs que la société et leurs parents leur ont transmis. Plus ouverts que la génération d'au dessus, ils n'ont rien contre les Musulmans, mais n'iront quand meme pas jusqu'à se marier avec un d'entre eux. Autre point commun : ils ne peuvent tous pas se passer d'Internet, tant pour le travail que pour les loisirs, communiquer avec les amis ou la famille, regarder des films.

Vous l'aurez deviné, les vrais prénoms sont dans l'ordre Deepak, Smitha, Dhanalakshmi, Salini, Ravi, Nondon et Hema, et ce sont ceux qui composent le labo. Mais ils auraient aussi pu s'appeler, dans l'ordre, Ronald Kafo, Hélène Viatgé, Ileana Jelescu, Claire Perrin, Arnaud Uzabiaga, Bertrand Lacoste et Anne-Marie Le Gall et etre à l'EcolePolytechnique (pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette courte description, c'est que c'était pas évident de trouver quelqu'un pour qui tout colle). A part etre encore plus conformistes que les Polytechniciens, les Indiens éduqués ressemblent vraiment beaucoup leurs homologues européens, c'est flagrant.

Désolé pour cet article pas folichon, mais c'est la reprise, j'avais plus posté depuis longtemps.

vendredi 9 mai 2008

Au pays des moustachus (par Bertrand)

Pour décrire les talibans on parlera des barbus, et pour cause; pour parler des indiens on peut employer les moustachus, bien qu'ils n'aient pas l'AOC, l'appellation.
En effet, autant chez nous, à 18 ans, on a le permis, la carte d'électeur, bref on est des grands; mais ça ne se voit pas sur nos chemises. Autant les Indiens, eux, ils ont une moustache.
La moustache est pour eux l'attribut viril par excellence, alors pourquoi s'en passer. Tout indien ayant passé les 25 ans est moustachu, ce n'est pas inscrit dans la loi mais c'est tout comme.

A ma connaissance seul le Pandit Nehru n'était pas moustachu (voir photo), ce qui lui a d'ailleurs valu une malédiction sur sa famille.

PS : Avec Thierry on a décidé de garder moustache et barbe pour impressionner les filles mais ça ne marche pas. C'est la barbe qui doit être mal vue.

mardi 6 mai 2008

Eco-responsabilité en Inde (par Thierry)

C'est très à la mode en France...ici non, vous l'aurez deviné. On voit de temps en temps la mention "eco-friendly" sur des emballages, mais c'est à peu près tout. Le réchauffement de la planète ne préoccuppe pas trop les Indiens, par contre, ils sont fiers de leurs arbres et animaux (normal, ils sont hindouistes et un peu bouddhistes), et les protègent pas si mal. Ils ont interdit les montreurs d'animaux dans les cirques et dans la rue, avant ça se faisait beaucoup avec les singes, éléphants et serpents. Les animaux ainsi récupérés sont mis dans des zoos tels qu'on en a vu un, au plus grand bonheur des enfants et autres touristes.
De manière générale, le gouvernement est assez conscient des problèmes, et essaye de maintenir le développement énergétique, si important pour la campagne, en ne relachant pas trop de CO2. Du coup l'électricité reste assez chère, et dans les villages, les gens crament du pétrole (c'est ce que j'ai pu voir, et surtout lire). On comprend aisément lesdits villageois. De plus, le gouvernement indien a misé sur un développement par l'éducation, par les services, moins gourmand en énergie que le développement par l'industrie, méthode chinoise. C'est très étonnant, et très émerveillant, de voir des petits gamins parler bien anglais, sans trop d'accent. Mes collègues m'ont dit que c'est seulement dans les campagnes reculées que les écoles en langue locale font le point, sinon tout le monde va à l'école anglaise. Bangalore est l'archétype de la ville de services, je n'ai pas vu une seule usine, et ce n'est pas très pollué, il n'y a pas encore trop de voitures. Les auto-rickshaws ont des moteurs de mobylette, polluants mais petits. Pourtant, la ville a doublé de population en 5 ans (croissance la plus rapide en Asie), elle devrait donc etre saturée. Par contre, Mumbai est plus industriel, plus congestionné, donc beaucoup plus pollué. Et quand Tata aura fabriqué ses Nano, voitures à 1500 euro, ça fera des dégats.
Mais meme à l'Institut, havre d'éducation, les gens laissent les lumières allumées tout le temps, sans comprendre que c'est du gachis, et, plus surprenant, sans penser aux villageois à qui cette électricité manquera. En meme temps, je peut encore entendre mon père raler contre les lumières allumées partout dans la maison en rentrant du boulot le soir. De 5 à 10 ans, j'ai bien du entendre le sempiternel "C'est Versailles ici" un soir sur deux. Ca a marché, maintenant j'éteins en sortant, mais il faut se rendre compte que ce qui nous parait naturel maintenant ne l'était pas il y a encore une demi-décennie.

Par contre, dans les campagnes, les restaurants sont éco-responsables à l'extreme : ils mangent avec les mains dans ce qu'on pourrait appeler assiette, mais qui est bien plutot une feuille de papier journal ou de bananier. Bien me direz-vous, mais en fait c'est mieux que ça : les zébus se chargent de manger le bananier aussi bien que le journal, écologie industrielle, rien de mieux à Boston.

Pour conclure, lieu commun : la lutte contre le réchauffement climatique reste un combat de pays riche, alors que la préservation de la nature a des effets beaucoup plus visibles, et semble plus importante ici.

PS : je n'ai pas d'accent circonflexe ni de tréma sur ce clavier, pourtant je l'ai basculé en azerty. Désolé pour les puristes !

samedi 3 mai 2008

Organisation du travail (par Thierry)

Je peux surtout parler de l'organisation dans mon labo, mais j'ai l'impression que c'est partout pareil. Il faut savoir que ici le salaire minimum dépend de l'Etat et du secteur d'industrie (il n'y en a meme pas dans l'industrie de la chaussure, va savoir pourquoi), mais que globalement, ça tourne autour de 25-30 euros par mois.

En revanche, vu les belles voitures et les voyages que se permettent les gens aisés, les cadres doivent bien mieux gagner leur vie. D'où un fort ratio employés/cadres. Dans mon institut, c'est très sensible : il y a beaucoup de vigiles, qui dorment pendant leur garde de nuit, pas mal de gens à la cantine, pas mal d'étudiants, et par contre très peu de professeurs. Le ratio étudiant/tuteur est de 1 pour 10 ou 15. On a meme vu un mec surveiller une bétonneuse, parce que, comme mentionné plus haut, le travail des modestes coute peu, mais aussi parce que le matériel coute cher. C'est le cas d'une betonneuse, et encore plus le cas d'un laser, car ils sont tous fabriqués en Allemagne. Un laser coute plus cher ici qu'en Europe, et le travail beaucoup moins : c'est pour ça que depuis que je suis là on s'escrime tous à en fabriquer, mais il faut quand meme acheter des composants pas gratuits. Autre surprise pour un Européen : dans mon labo, il n'y a pas de spectromètre, passe encore ça coute cher, mais il n'y a pas non plus de Générateur Basse Fréquence, ce sont les électroniciens qui les fabriquent, et du coup on ne peut pas bien régler la fréquence. Au moins j'apprends la débrouille, c'est toujours ça.

Et ce qui va avec la pénurie de cadres est la forte hiérarchisation des rapports sociaux. Sans parler de caste ou de religion, il y a des labos où les professeurs se font apporter de l'eau par des employés, qu'on appelle Saddam à cause à de leur toujours fière et virile moustache. Dans les restaurants, les serveurs sont nombreux, et vont jusque nous remplir le verre dès qu'on l'a fini, au lieu d'apporter des cruches, ou nous resservir du plat qui est pourtant juste devant nous. Ca se voit que les modestes ont peur des puissants, et aussi ce doit etre ce que la société leur a appris, sans qu'ils se posent de questions (on en est au 40ème anniversaire de Mai 68). Vous pouvez imaginer en combien ils se plient pour des Blancs comme nous, qui sommes, dans leurs tetes, les chefs des chefs. C'est parfois un peu pénible, mais ce n'est pas nous qui arriveront à changer les idées reçues, on peut et doit juste se contenter de leur dire bonjour le plus gentiment possible, et les rassurer.

Meme au sein du labo, les thésards ont peur des profs, et ça parait justifié : plusieurs personnes nous ont confirmé qu'un étudiant peu apprécié de son tuteur n'a obtenu son doctorat qu'au bout de 14 ans, alors qu'un autre a abandonné après 10 ans de thèse.