vendredi 1 août 2008

Dans Ali Baba

Ces derniers jours, c'était dans la peau d'Ali Baba qu'on a vu l'Inde. Des habits de cotons amples et colorés, une mine bronzée. On vivait -du moins la journée- dans forts et châteaux. Plutôt sympa, non ? Ouais, sauf que tout le monde le sait, la suite du titre n'est pas Ali Baba au Rhum ou Ali Babapapa, mais bien plutôt Ali Baba et les quarante voleurs. La méfiance toujours, c'est un peu pénible. Qui veut acheter beacoup trop cher du haschich, des pierres taillées, des voyages en rick-shaws ou en taxi, des nuits d'hôtels, des cartes postales, les services d'un guide voire de prostituées (!) trouvera son bonheur du côté d'Agra ou de Jaipur.

Agra, on était prévenu du côté mercantiliste, c'est les poings fermés et la mâchoire serrée qu'on s'est promenés du côté du Taj Mahal, du Fort rouge ou de la ville utopique de Fatehpur Sikri.
Cette dernière m'a beaucoup impressioné. Construite par le troisième empereur moghol, Akbar, au XVIè siècle, elle était un lieu de discussion des religions, bâti pour remercier l'ermite qui lui avait permis d'avoir enfin un fils. Cet Akbar, musulman de naissance, croyait à l'harmonie des peuples, et s'était donc choisi trois femmes de trois religions différentes (musulmane, hindoue et chrétienne). Puis, il a synthétisé ces trois dernières pour affirmer l'existence d'un dieu unique, bon et tout et tout. Malheureusement, cette religion, ainsi que la tolérance envers les infidèles n'ont pas survécu à sa mort.

Toujours est-il qu'à Fatehpur Sikri se trouvent un imposant palais, de pierre rouge, ainsi qu'une raffinée mosquée, alliant, tel le Taj Mahal, le grès rouge et le marbre blanc. Des arches superbes, un tombeau finement ciselé pour l'ermite, un régal pour les yeux. Même Carla Bruni déguisée en danseuse du ventre paraîtrait terne en comparaison, c'est pour dire.

Le palais était grand et pas moche, laissant une partie non restaurée se visiter "tels des aventuriers". En plus on y est tombés nez à nez avec Amélie Séguret, Anne-Laure Dubilly, Johanna Navarro et une des ses amies, des filles de Polytechnique pour ceux qui ne connaissent pas ces légendes vivantes. Les pauvres, elles n'étaient là depuis deux jours seulement, et tout s'abattait sur elles : la chaleur, la fatigue, les mains baladeuses à Delhi, les épices de la nourriture, la misère qu'ils ne cherchent pas à cacher, les rabatteurs et autres vendeurs si pénibles. Maintenant il n'y a aucune raison pour qu'elle ne soient pas contentes d'être dans ce beau pays, mais c'est vrai qu'il est difficile. Ces quelques jours "dans la peau d'Ali Baba" ont aussi été longs pour nous, extrêmement usants.

Le fort d'Agra, c'est moins de finesse, mais tout autant de travail. Beaucoup de palais composent la fortersse, laissant peu de place à la verdure, donnant une impression de solidité, de force extrême. Ce fort était réputé imprenable, on comprend pourquoi en voyant la taille des murs. Pourtant, comme David Douillet possédait aussi de la technique au délà de son physique avantageux, les fines mains n'ont pas été au chômage durant la construction du fort. Des murs incrustés de petits miroirs, des murs finement dentelés -pour que les femmes puissent voir sans être vues-, des mosaïques subtiles, ce fort n'est pas qu'un travail de rustre turc.

Jaipur, c'est la capitale du Rajasthan. Et c'est aussi la seule ville qui ne nous a pas plu pour l'instant. J'y ai été assez malade (fièvre+diarrhée), mais ça n'explique pas tout. Pourtant, le fort d'Amber, cousin de celui d'Agra, est beau. Pourtant, la ville est mignonne, toute de rose repeinte -depuis qu'au XIXè ils aient décidé de souhaiter la bienvenue au Prince de Galles de cette manière. Mais les rabatteurs sont trop patients, les rick-shaw wallahs trop nombreux, les vendeurs de pierres précieuses trop déterminés. Dire non cent fois par jour, non. C'est trop. Leur parler en hindi marche parfois, je plains les "innocents" qui, à peine atterris à Delhi, débarquent dans cette fournaise, où le soleil s'allie à tous ces voleurs (j'écris bien voleurs) pour nous faire tourner la tête. C'est d'ailleurs peut-être parce que c'est près de Delhi que les commerçants sont si tenaces.

Si Agra reste incontournable, on ne vous conseille donc pas de poser votre baluchon à Jaipur. A être trop durs, ils perdent des touristes. La société indienne vit de manière générale dans le présent, n'aime pas trop penser à l'avenir. Le concept de tourisme durable est aussi étranger à leur oreilles que la classification des animaux aux miennes (Bertrand m'a appris hier qu'une chauve-souris n'est pas un oiseau, même si ça vole cte bestiole). Un pays ne peut être parfait.

Proverbe le retour

"Ce ne sont pas les pierres qui bâtissent la maison, mais les hôtes."

ie on vous attend aussi nombreux que possible l'année prochaine à Leiden (quand on aura trouvé un appartement).

dimanche 27 juillet 2008

Que d'agreables perspectives

Hier Samedi ont eu lieux 17 explosions a Ahmedabad (article du Monde), capitale du Gujarat, etat frontalier du Rajasthan, en pleine rue et aux abords des hopitaux. Elles ont fait pour l'instant une cinquantaine de victimes. Il est bon de rappeler qu'au mois de mai des attentats a Jaipur avaient tue soixante personnes. Ces deux attentats seraient l'oeuvre d'un groupe terroriste musulman, les Indian Mujahideen. Lors de precedents attentats a Ahmedabad, il y a 6 ans, perpetres contre des pelerins hindous, 1000 musulmans avaient ete tues par la population en represaille. Les musulmans du Gujarat craignent maintenant de pareilles represailles.

Pendant ce temps a Bangalore, sept bombes ont tue deux personnes. Les bombes etaient places dans des lieux frequentes. Ces bombes viennent apres qu'une carcasse de porc a ete decouvert dans une mosquee.

Ce qu'on ressent en ce moment, au grand degout et une enorme tristesse. Pas plus tard que ce soir, un serveur nous a demande de ne pas utiliser le mot 'shukrya' pour dire merci. C'est un mot ourdou (langue utilisee par les moghols et de nos jours par les pakistanais et quelques musulmans indiens) qui est rentre dans le langage courant, contrairement au vrai terme hindi qui n'est guere usite. Comme quoi les attentats ont servi de lecon. Chacun chez soi et pas de melanges entre communautes...

Quel espoir pour l'avenir !

samedi 26 juillet 2008

Orccha

Premier regret du voyage, n'avoir passé qu'un jour à Orccha.

D'abord il y a le château, très beau, d'autant plus qu'il n'a servi qu'une seule fois. Le Raja d'Orccha l'a fait construire spécialement pour accueillir son ami et allié l'empereur moghol Jahangir. Celui-ci ne l'utilisera qu'une seule nuit ! Depuis de nombreuses Guesthouse ont ouvertes à Orccha, ils n'ont donc pas eu besoin d'agrandir une aile du palais pour nous accueillir.


Le château était décoré de nombreuses peintures murale, avec notamment une pièce recensant toutes les incarnations ou avatars de Vishnu, et ci-dessous Rama et Sita, recevant Hanuman et le roi des singes :


Deuxième point positif, les très nombreux temples disséminés autant dans le village que dans la campagne alentour. Ca permet de faire d'agréables balades au milieu des cailloux et des buissons.
En plus Orccha est un petit village de 10 000 habitants, donc on n'est pas embêté à longueur de temps par des rabatteurs et des chauffeurs de ricksaws.



Grâce à nos rudiments d'hindi on est resté à discuter une bonne heure avec un antiquaire, le propriétaire d'une échoppe adjacente, ainsi qu'une irlandaise qui vivait à Orccha et qui avait selon toute vraisemblance épousé un indien.

Bref Orccha, un village bien paisible, étape à ne pas manquer sur la route Agra-Khajuraho.

jeudi 24 juillet 2008

Un nouveau moyen de transport : les sandales

Marcher, c'est bon pour la sante une pub francaise nous disait (ordonnait presque). Mais il n'y a pas la meme pub en Inde. Faisons un petit jeu dont vous etes le heros pour vous expliquer pourquoi...

1 : vous voulez effectuer un trajet que vous n'avez jamais fait.
S'il fait chaud, allez en 2.
S'il fait tres chaud, allez en 4

2 : Si tombez dans un des nombreux trous de la chaussee. Allez en 4.
Si vous n'avez pas cette chance, allez en 3.

3 : Si vous avez un plan, allez en 5
Si vous n'avez pas de plan, allez en 6

4 : vous regrettez de ne pas avoir pris de rick-shaw, malgre tout le mal qu'on pense d'eux

5 : les noms des rues ne sont pas marquees (sauf a Pondichery et Calcutta). Allez en 6

6: vous demandez a des passants (l'hindi, ca aide !). 4 chance sur 5 : il ne connait pas ou c'est, mais n'ose pas le dire (c'est gentil mais penible). Il raconte n'importe quoi. Retentez votre chance en 6.
1 chance sur 5 : il connait, mais avec le temps que ca a pris, allez quand meme en 4.

Bon ben voila, a chaque fois c'est l'echec ou presque. Je promets, d'autres moyens de transport seront positifs.

Khajuraho

A notre grande surprise nous avons ete accueillis par des mots en francais des notre arrivee dans le petit village (seulement 10 000 habitants...). C'est pour apprendre un peu plus tard que comme la region est tres pauvre pour l'agriculture, la principale occupation des gens est l'accueil des touristes. Ils excellent donc en langues etrangeres, anglais fort heureusement, mais aussi francais, espagnol, italien, japonais et coreen.

Le village en lui-meme est semblable a Hampi (notre coup de coeur pour l'instant), quelques echoppes, des touristes et des temples. Cependant a Khajuraho les temples ne sont pas dissemines dans la campagne avoisinante mais tout est concentre dans un enclos de 10 ha. Les temples sont superbement conserves, personne ne comprend pourquoi les Chandelas, qui ont construit ces temples sont venus se perdre ici, et apres leur disparition, les lieux ont ete abandonne pour etre redecouvert par un explorateur anglais. L'heureux explorateur, d'obedience chretienne, aurait quand meme ete choque par certaines sculptures, "plus osees qu'il ne faudrait", selon ses termes.



Car les temples de Khajuraho sont d'autant plus celebres qu'ils mettent a l'honneur l'erotisme indien, faisant honneur au kamasutra, le guide de l'amour charnel pour les hindous (et pour d'autres). Mais meme en faisant abstraction de ce detail d'art (qui pousse pourtant nombres de touristes a visiter Khajuraho), les temples de Khajuraho sont vraiment dignes d'interet. De tailles variables les innombrables sculptures qui les ornent donne vraiment au touriste l'occasion de s'emerveiller. Et le cadre est vert et calme. Que demander de mieux.


Ca rappellera la Basquie a certains



Des hordes oranges ? Une ferveur toute particuliere ? Un petit sentiment d'intolerance ? Facile, l'arrivee du Tour de France pres du pays basque. Trop facile, ici, les velos, on les pousse presque aussi souvent qu'on n'est juche dessus. Niveau chaleur, les Basques, c'est Darjeeling.
Pensons a l'Inde. Vous avez lu l'article de Bertrand sur Bodhgaya, vous pensez a des Bouddhistes. Pas mal vu...on se rechauffe un peu, disons le Bihar.
Mais non. Le Rajasthan de la bonne reponse, celle qui brule, ce sont les braves Shivaistes. Soit les admirateurs du dieu hindou de la destruction, Shiva. Le orange, c'est la pour rappeler le safran, epice sacree.


Deuxieme question ? Que viennent faire ces gens-la sur ce blog, en ces temps ou le les articles peinent a suivre le rythme effrene de nos voyages.

Ben c'est que se tenait a Varanasi -anciennement Benares- le festival de cette espece de secte.

Troisieme question : pourquoi Varanasi ? C'est que cette ville (1 million d'habitants !) est le Jerusalem de l'hindouisme. Pas que Shiva y soit ne, non, c'est que quand, apres le barattement de la mer de lait, il a choppe la coupe emplie du nectar d'immortalite, il en a laisse tombe trois gouttes, dont une dans ladite cite.

Tres bien tout ca, mais depuis le barattement de la mer de lait, de l'eau a coule sous les ponts...Enfin, si ca existe en francais cette expression, les hindous ne semblent pas la connaitre. Du coup, ils boivent l'eau du Gange, a la grande horreur de Bertrand. Rappelons quand meme qu'au 19e siecle, un britannique l'a decrit comme etant un fleuve ou "meme un moustique n'oserait s'y baigner". Monstrueux fleuve, soit dit en passant.

En plus, c'est ecrit que si un mort se fait cramer (incinerer pour les sensibles) la-bas et disperser ses cendres dans le fleuve sacre, il echappera au cycle eternel des reincarnations pour aller au nirvana. Sauf les purs, qui sont directement lestes dans les eaux polluees. Par purs, il entendent enfant, femme enceinte, sadhu (vieux sage qui passe sa vie a prier) et...lepreux. Toujours est-il que ca vaut le coup d’essayer.

A Varanasi sont donc presents des ghats, rives amenagees en escalier, ou ils viennent faire leurs ablutions. Un spectacle pas impressionnant, mais fort tout de meme. Gache par les marchands du temple, trop nombreux. A l’epoque de Gandhi, ils existaient deja, et lui aussi, ca l’avait fache. C’est bien notre seul point commun avec ce saint homme.


Au fait, on a croise un espece de rasta francais, qui vivait entre France, Nepal, et Benares. Il parle hindi, et nous a explique que juste apres nous avoir fait le « namaste » en souriant, ils nous injuraient de la pire sorte possible (nos pauvres mamans, si vous saviez ce que vous subissez). Les hommes sont partout pareils.

Varanasi, une etape forte, mais pas inoubliable.